Sommes-nous prêts ? C’est cette question qui nous surprend le jour avant le départ, après quatre mois de préparatifs. Quatre mois à broder les contours d’un spectacle de clown avec du fil à retordre, des épingles à nourrice, des aiguilles à tricoter et des bouts de tissus triés sur le volet des expériences de scène passées.

Chacun de nos clowns avec sa soif de vie, d’émerveillement et de dose de cynisme s’est vu offrir l’exigence d’une trame à tenir, à trava17273670_10206819637843203_1163091686_oiller et finalement à incorporer. De Jean de la Fontaine à Raymond Devos, de Beckett aux rêveurs qui renaissent de leurs cendres, de poésie en mélodies, nous avons tenté de mettre en scène ce que nous offre le jeu du clown pour l’offrir à notre tour: soit une incommensurable liberté. Non pas cette liberté concédée et confinée, mais bien celle qui se gagne et se redéfinit sans cesse au travers des épreuves, des dépassements de soi et des changements de paradigmes. Cette liberté d’exploration des facettes de la nature humaine ne prendra sens qu’une fois partagée avec le public, d’où cette question : sommes-nous prêts ? Mais le doute n’est-il pas le meilleur allié du clown? Nous sommes dans tous les cas prêts pour cette aventure, prêts à signer avec l’inconnu, prêts à écrire un conte singulier avec toutes celles et ceux que nous espérons faire rire et émouvoir.

Fabienne Tschanz, Lausanne

Wie verreist der Clown ? Ausgangspunkt fürs Spielen ist das unbeschriebene Blatt .. keine Vergangenheit, keine Zukunft, nur Hier und Jetzt. Hier und Jetzt spüren, wie es mir geht, was mich an lacht, was mich anmacht, w17430658_10206856748850955_1135182190_oas mich abtörnt. Das lässt der Clown durch sein Wesen wandern, verdaut es, und lässt die Zuschauer teilhaben. Reisen ohne Verhangensein in der Vergangenheit, Reisen ohne Projektion ins Morgen, Sein im Hier und Jetzt. Warten auf den Flug nach Cali. Iberischer Schinken, verschlafener Terminal. Warten auf Godot. Aqui ahora misma.
Susanne Silva, Lausanne

Samedi matin, 08h. Le coiffeur du petit salon de beauté raconte que son auteur préféré est Dostoievski et que, en coiffant, ils s’imagine ses clients être les personnages des romans qu’il lit, que ça l’aide à rester créatif dans son travail. Le soir, il écrit … des pièces de théâtre. Et rêve d’un metteur en scène qui les amèneraient sur le plateau. Il viendra nous voir jouer mardi soir, et mercredi aussi. Heureux comme un gamin d’avoir pu partager sa passion.

Samedi 14h. Devant le conservatoire de théâtre où Luis est programmé pour donner un atelier « de la masque au nez ». Des gardiens ne nous laissent pas entrer, ils disent que ce n’est pas l’heure, qu’il faut attendre. Ils disent aussi que ne pourront entrer que les personnes inscrites à l’atelier et qui sont sur leur liste. Qu’aucune entrée spontanée n’est possible. Pourquoi ? C’est le protocole. Libre accès à la culture ? Un lieu d’enseignement, de recherche, d’art vivant ? D’art qui fait vivre ? Un festival de théâtre qui veut promouvoir la culture à ceux qui, au quotidien n’en ont pas accès ? qui risquent leur vie en allant jouIMG_3504er dans des quartiers « chauds » ? Le protocole c’est le protocole. Finalement quelqu’un du festival se chargera d’ajouter les curieux spontanés sur la liste. On nous laisse entrer, après une fouille de nos sacs à la recherche d’objets dangereux … livres ? masques ? nez ?


Samedi 16h.
Le chauffeur de taxi m’explique que les Caleños ont une culture spéciale : que malgré leur quotidien difficile, ils arrivent à rire de tout : « le rire est notre moyen de survie – vous savez ça, vous, en Europe ? »

Susanne Silva, Lausanne

Mercredi matin, 29 mars  2017 J’ai la tête pleine d’images et le coeur tellement ouvert que tous les colibris de Colombie pourraient y entrer et faire un nid … Depuis samedi Luis a donné un atelier de clown aux clowns hospitaliers et un à des comédiens. Anne, Fabienne et Nicole l’ont accompagné hier matin à l’atelier pour les comédiens et ont décIMG_3591ouvert, en pleine ville, un petit théâtre magique, arbre incorporé qui prête ses branches au jeu … Succursale du ciel au milieu de l’enfer de cette ville à mille visages. La lumière dans les yeux des camarades quand elle m’ont raconté ce lieu et ses jeunes comédiens qui croquent la vie, la mordent et de démordent pas malgré la précarité du quotidien, quand elle me racontent la mise en jeu des corps .. lumière contagieuse .. Lundi après-midi a commencé notre premier stage cownup, un « joli foutoir » ré-adapté. Sont là des jeunes comédiens, des élèves de théâtre, des infirmières, médecins, travailleurs sociaux – tous engagés un créer un monde plus humain, à travers le clown, le conte, le théâtre. Ce jeune de 20 ans qui s’est donné pour mission d’abolir les barrières invisibles autour de son quartier – c’est sur ses échasses qu’il les franchit, les barrières, alors que tant d’autres se font tuer .. la guerre des bandes, west side story à la colombienne, au jour le jour. Dans son quartier, il demande un oeuf à qui peut donner et avec ses amis engagés il les vend pour acheter des costumIMG_3584es, pour faire du théâtre avec les jeunes .. vale un huevo, ça ne coûte rien. La toute jeune psychologue qui partira en avril avec un groupe de professionnels mixtes travailler avec des mineurs des FARCS qui ont rejoint des zones de transformation pour instaurer un programme d’alphabétisation. Un marionnettiste qui travaille avec des enfants de rue. S’engager, rester engagé pour rester vivant, littéralement et au dedans. Résister à la tentation de se transformer en walking dead, en mort-vivant résigné.

Je me réveille avec leur visages tout autour de mon cœur.Je me réveille avec notre spectacle d’hier soir sur mes lèvres. Spectacle qu’on aurait dû jouer dans la rue et qui a été annulé une heure avant, on ne sait vraiment pourquoi. Et que finalement nous avons pu jouer dans le petit théâtre magique, accompagné de l’arbre. Je me réveille et me réjouis du petit déjeuner au fruits, chocolat chaud et petit pains de mais. Je me réveille et me réjouis de re-raconter le conte des rêveurs de la Grande Mère du Mais ce soir, avec mes amis.

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IMG_0049 » Defender la alegría como una trinchera

Defenderla del caos y de las pesadillas


de la ajada miseria y de los miserables

de las ausencias breves y las definitivas.« 

Joan Manuel Serrat

Défendre la joie contre le chaos, extirper du chaos de la vie, voilà un défi aussi délicieux qu’ardu auquel nous nous exerçons tant dans la vie que dans le clown. Saisir la magie furtive d’un échange, développer du merveilleux à partir d’un bout de ficelle, s’émerveiller d’un rien et s’étonner de tout.

Six jours déjà que nous avons atterris, le temps de métaboliser les premières impressions, rencontres et expériences avec l’impossibilité de retranscrire toute leur densité.

Minuit : depuis ici, depuis le toit bien portant qui surplombe Cali, on devine ce qui grouille, crie et bruisse. Depuis les étages bétonnés de notre hôtel circulaire, s’étendent à perte de vue les sentinelles clignant au rythme des grillons qui eux aussi ne se tairons qu’à l’aube. L’averse a cessé, elle a juste eu le temps de faire monter l’odeur de ces villes qui ne connaissent ni hiver, ni sommeil, hérissées de chaleur épaisse, d’asphalte chromé, d’essence et de poulet grillé.

Nous avons commencé à prendre nos marques et entrepris les derniers achats de costumes et accessoires que nous aurons besoin pour le spectacle. Une matinée durant, accompagnée du neveu Luis, nous avons déambulé dans le centre, au milieu d’une multitudes d’objets, d’habits, de gadgets à la recherche de paniers en osier, d’un pistolet, d’une corde, de culottes originale, d’un plumeau, d’un bâton d’encens et d’un non moins étrange bandeau de championne d’aérobic. Une partie de l’équipe est restée dans le magnifique théâtre de la Concha où nous avons joué le corbeau et le renard et notre numéro fragment de « en attendant Godot »  devant des étudiants d’une IMG_0275école de théâtre en introduction d’un atelier de clown donné par Luis. Ce théâtre nous a subjugué avec son entrée étriquée dans une rue d’un quartier au style architectural colonial, avec une long couloir bordé de peintures surréalistes et tout au fond, entre bois et verdure la salle de spectacle, construite avec délicatesse et inventivité avec les moyens et l’espace à disposition. A noter que la réplique d’Estragon (en attendant Godot) « et si on se pendait à une branche » n’aura jamais été emprunte d’autant de réalisme que dans ce théâtre qui sera sans aucun doute le premier et le dernier flanqué d’un vrai arbre à droite de la scène, juste devant le public.

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Deux petits haïku d’Anne :

Colombie violence
La pluie qui efface… parfois
Colombie douceur

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Fesses siliconées
Le martyre des femmes fatales
Elles s’assoient comment ?

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Atelier au théâtre del Presagio 27-28-29 mars et à la fondation Paradigma à Pereira 

« La campagnie de théâtre indépendante « el Presagio » composée de sept artistes gèrent le théâtre del « Presagio ». Cet espace culturel, en plus de présenter les œuvres d’autres compagnies de théâtres, donne des ateliers de théâtre pour adultes, adolescents et enfants. Depuis 2005, ils développent des activités permanentes de création et d’investigation centré sur création d’un langage théâtral à partir de la réflexion et la pratique artistiques de divers textes dans une constante réflexion avec la réalité. Comprenant que la réalité n’est abordable que par l’insolite, l’extraordinaire, les espaces poétiques, et que le succès théâtral est un phénomène diffus, éphémère et équivoque qui ne se concrétise qu’au travers de la relation avec celui qui la regarde. Le théâtre del Presagio est un des groupes le plus vital et transcendant du panomara actuel de la scène colombienne, en constant questionnement et critique des modèles artistiques commerciaux dominants »

www.teatrodelpresagio.com

La fameuse phrase de Bouvier « on ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait, ou nous défait » fait écho à cette phrase de Hervé Langlois « le clown ça ne se fait pas, ça se défait. On ne fait pas le clown, on le laisse faire ( c’est que j’appelle recevoir son clown ». Oui, le clown est définitivement un voyage, à travers soi et les autres, et c’est ce que proposent Luis et Suzanne à travers leur atelier « mets-toi en scène toi-même » . Le premier fût donné à Cali au théâtre del Presagio sur trois après-midi

Une vingtaine de participants auxIMG_0219 profils riches et variés, plusieurs d’entre eux utilisent le théâtre comme outil au sein de leur profession. Un médecin, un volontaire à la Croix-Rouge qui utilise des marionnettes pour faire de la sensibilisation au développement durable auprès des enfants, un jeune qui fait du travail communautaire avec d’autres jeunes et enfants et dont le groupe visite des quartiers contrôlés par des bandes où la violence fait partie du quotidien. Ces quartiers sont séparés par des frontières invisibles dangereuses à franchir. Afin de se faire accepter par la population et parvenir à accéder à ces zones pour parler de leurs projets artistiques, ce groupe utilise la « stratégie de l’œuf ». Ils font du porte à porte pour demander un produit quel qu’il soit (œuf, paquet de riz, etc. ) et en profite pour ouvrir le dialogue et transmettre leur passion du théâtre. Ils revendent ensuite ces produits pour s’acheter des costumes. Une participante travailleuse sociale souhaite utiliser le clown au sein de son travail avec des personnes en situation de handicap.

Chacun s’est prêté au jeu du voyage au profond de soi. Comme l’a expliqué Luis, en faisant cette démarche l’on revient aux fondements du théâtre et à son pouvoir de guérison. Prendre un temps pour s’arrêter et regarder où l’on se situe dans sa vie actuellement, quels sont les dilemmes, les difficultés, les rêves et leurs obstacles. Chaque participant a présenté en clown un dessin du carrefour auquel il se trouve dans sa propre vie sous la forme d’une conférence. L’atelier s’est donné en plusieurs étapes, de l’exploration de son saboteur intérieur, son ombre, ses démons à la part héroïque, à la force d’action que nous avons tous en nous, en passant par la rencontre de son guide intérieur.

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Au terme de ces deux ateliers à Cali et Pereira, j’ai été surprise par la manière dont les participants furent touchés par le travail qu’ils ont fait durant ces jours. Beaucoup d’entre eux pratiquent le théâtre et maîtrisent les techniques mais y restent, d’après leurs dire, parfois très accrochés. Or, lorsqu’on entre en connexion avec son clown, on entre aussi en connexion avec sa propre histoire.

Ayant participé à cet atelier à deux reprises en Suisse, je constate la pertinence de ce travail quel que soit le contexte car tout en reconnaissant le caractère unique de chacun, il touche à la fois à l’universalité de IMG_1951l’humain. Nous portons en nous notre culture, la société dans laquelle nous avons grandi, notre éducation, nos modèles et archétypes conscients et inconscient et ces mises en jeu nous permettent de mettre de la distance et de découvrir de quoi nous sommes fait, ce que l’on veut garder, travailler ou apprivoiser. En Suisse, selon ce que j’ai pu sentir, les participants étaient ravis de se reconnecter avec leur part d’enfant intérieur et d’artiste mais que notre société du travail, le stress, les aléas de la vie a souvent étouffé. A Cali et Pereira, les participants des ateliers étaient pour la plupart engagés dans un travail artistique, j’ai senti beaucoup plus qu’en Suisse, qu’au-delà des souffrances propres à chacun, celles-ci étaient aussi empruntes de l’histoire du pays IMG_1997et de la lutte quotidienne à mener liée au système économique et à la difficulté de vivre de l’art. Plusieurs personnes ont partagé un point de vue très critique face à l’investissement financier de l’état en faveur de l’éducation et de la cultu
re et déplorent une faible reconnaissance du travail des artistes. Les théâtres plus classiques,
la musique commerciale etc, reçoivent plus de soutien que le théâtre alternatif et les projets
artistiques aux enjeux plus sociaux et éducatifs. Il y a une volonté très faible de la part du gouvernement de valoriser des initiatives permettant de reconstruire le tissu social dans un pays rongé par la violence et la corruption. J’ai senti très f

ortement durant ces jours, dans le cheminement de chacun, l’entraînement tenace de ce muscle de la résistance et de la survie dans un environnement où la poésie doit se frayer un sentier à la machette.

IMG_0270La dimension rituelle de l’atelier m’a semblé faire davantage appel à la mémoire collective du pays contrairement à la Suisse, où le travail s’est fait plus individuellement. Ces étapes rituelles m’apparaissent par ailleurs essentielle dans notre société de consommation qui nous isole trop souvent dans une responsabilité individuelle et un
devoir de réussite volontariste. Mettre en scène notre part d’ombre, notre force héroïque, incorporer notre guide, enlever nos différentes peaux, ceci en présence de témoins, permet de donner de la légitimité au différents vécus et émotions et de se reconnaître dans les autres, ceci a été relevé par la plupart des participants.

Les paroles d’une participante m’ont beaucoup touché lorsqu’elle a partagé sa vision sur comment l’art peut contribuer au processus de paix en Colombie et comment ce type de travail effectué durant l’atelier lui a rappelé l’importance aussi, d’une forme d’égoïsme dans le sens de se recentrer, de cultiver son monde, d’être fier de son jardin intérieur pour ne pas envier les autres. Revenir à une bienveillance envers soi comme point de départ de construction d’un mieux vivre-ensemble. (Fabienne Tschanz)

 

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A l’issue de l’atelier à la fondation Paradigma, Anne m’a demandé quelle image je retiendrais, si je ne devais en retenir qu’une.

Si je devais ne retenir qu’une seule image
Je retiendrais ces fleurs au sommet
Je retiendrais tes mains emprisonnées de rouge
Ton souffle rauque quand crie l’absence
Le galop de celui qui revient à ses racines
Cette fêlure imperceptible qui se remplit de couleurs
La grâce des papillons lacérant ta hanche
Le tremblement des remparts au seuil de ton éclipse
La liberté comme un bouclier, abattant les masques

Non, ce ne sera ni une image, ni dix, ni mille
Seulement ce souvenir de m’être sentie perdue,
perdue mais à ma place.

(Fabienne)

Au-delà du mythe et des apparences 

Réveil à 4h30 du fond de la moustiquaire, du son des enceintes la voix monotone du ralliement. Article 24: politiques économiques pour réprouver le modèle néoliberal. Article 25: conséquences économiques et sociales de la persistance de la politique néolibérale 4h45 : article 40. 5h: article 64 5h30: article 80…
Quand l’individu disparaît dans le collectif, la lutte comme mode de vie, conscients, conditionnés, survivants, surveillés, ahuris, déterminés, disjoints, si loin de moi et familier à la fois, le fourmillement captif des aspirations personnelles, l’utopie diluée quelque part dans l’aliénation systémique et l’enfermement structurel. L’utopie néanmoins vivante et nécessaire. Sous la lune pleine, le trot subi des vaches errantes, le suintement de la résine sur le flanc du bambou, les tentes de fortune d’une résistance passée, le fusil accroché au pied du lit, en suspend, perdu dans la tentative fragile d’y dessiner de nouvelles appartenances.

(Fabienne)

Haïku d’Anne

Elle habite tes yeux
Femme-fusil couleur kaki
La coquetterie

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Forêt ton pays
Où sont tes rêves de famille?
Fusil ton enfant

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Enfant-femme, rebelle
Rêves de femme pour qui pour quoi ?
Derrière le sourire

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Raconter sa vie
A des inconnus qui passent
La rebelle enfouie

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Les clown à Mocoa 10 avril

Dans la nuit du au ,  des fortes précipitations ont abouti à la montée des eaux simultanée des ríos Mocoa, Mulato et Sancoyaco qui entourent la ville de Mocoa, s’ensuit une immense coulée de boue et de divers matériaux charriés qui frappe Mocoa, emportant sur son passage plusieurs habitations, des véhicules, des arbres, et au moins deux ponts. Cette Catastrophe a ému la Colombie car un grand nombres de victimes se sont retrouvé sans rien. C’est ainsi que nous retrouvons à Puerto Asis nous décidons d’aller faire un tour avec nos nez rouges.

Un peu de souffle et de joie au sein de la catastrophe de Mocoa – la magie du nez rouge qui permet de s’échapper un instant de l’aide d’urgence, de l’attente et de la perte. Les enfants au quart de tour s’engouffrent dans le jeu et l’émerveillement avec cette transcendance innée de la souffrance et cette disponibilité ahurissante à l’instant présent.

Retour à Cali 

Siempre será la hora de partir,
la hora de deshacer nudos.foto3 Hora foto2de cambios invisibles y de cruce de caminos.
Nunca será hora de despedirse si hay raices aerias yfoto1 cometas clavadas como centinelas de alegria de nuestras luchas compartidas

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Retour de voyage

Au retour de certains voyages comme au sortir de l’hiver, on fait une liste. On cherche sous le tas des devoirs en latence une page blanche. On s’assied solennellement à table, entouré d’ailleurs, le corps agrippé à hier avec cette soif béante qu’offre la mort du quotidien. On griffonne l’urgence d’abord, celle d’avant, qui finalement n’était pas tant pressée, puis on jette sur le terrain en friche, les graines récoltées en vrac. Point par point, glisser dans le creuset la roche brute extraite en chemin. Au lance-flamme, la fondre sur le parquet où attend la valise défaite qu’on traîne à ranger dans l’espoir d’étirer le temps. Puis, dans le coeur qu’on croit subitement aussi vierge que la feuille de papier, se rallument les projecteurs de la première représentation, le changement de programme, la sueur des décors, les rires qui comme Godot ne venaient pas, et l’intérieur qui cognait « viens, maintenant tu n’as plus rien à craindre ». On enfonce la mine du crayon pour contenir le goût de papaye, les élans des colibris, on bat des ailes, on se débat avec les habitudes qui reviennent, on crache le surplus, pourvu que ça reste, que rien n’échappe de ces promesses. On falsifie la mémoire, sur les bords on dessine les pavés du parc des poètes et les regards captés. Relier les différents points de chute pour voir encore défiler des arbres géants et entendre « regardez ces arbres géants ! », les yeux comme des billes, rouler à mille à l’heure, les bicoques, les feuilles de bananiers, le fusil qu’on lâche pas pour pas lâcher soi-même, les escaliers qu’on monte le bouclier en main, et le cri enfin, profond et intact du héros qui revient.